faut bien commencer quelque part

Quelle drôle d'idée. Un Blog. Bien.
après tout écrire à mes envies, à mes amis, au monde entier...
du moment que je me vide les entrailles, à coup de mots marteaux, prendra qui voudra, moi à poil et vous comme bon vous semble. exhibition mégalomane, dépravation vertueuse.
enfin vertueuse, tout dépends d'où on la place sa vertu.
pas prude pour un sous je me sens bien impudique à exposer sans vergogne mes déblaturations à la face du web. mante religieuse, pas araignée. croquer pas faire prisonnier, chacun son truc mais se faire caméléon et aller là où ne s'attend pas s'y retrouver pourquoi pas...
c'est pas bien clair tout ça? comprendra qui pourra, mais n'allez pas croire, y a pas d'arnaque pas de mystère, au plus une jonglerie bancale, des fois de la vérité subjective en coup de poing dans les gencives, des fois des navets au miel, dégoulinant d'émotions gluantes.
hummmm, bon ap' à ceux que ça tente!

nouvelles


Oiseaux de nuit


Une ville, l'hiver, la pluie et la déprime nappée autour de ses épaules trop maigres.
Elle tire sur sa clope, regarde la grisaille derrière la fenêtre. La cour bétonnée de l'immeuble, un vélo déglingué contre les murs, les poubelles entrouvertes, débordantes, l'arbre endormi, à poil, sec et ruisselant de cette flotte dégueulasse qui n'en fini pas de tomber.
Elle sent contre ses cuisses la chaleur du radiateur. Elle se dit qu'une autre sorte de chaleur ça serait pas mal. Un peu d'amour et d'aventure. S'échapper.
Elle secoue la tête, écrase la clope.
Tittitiiiiii titiitiiiii. Le portable qui sonne.
« yep! Ce soir? Mouais...bof...ok passe. »
Elle raccroche, balance le téléphone sur le canapé.
Elle se déshabille devant la glace, regarde, inspecte, sourit, grimace, tourne, retourne, prend la pose.
Elle va dans la salle de bain, fait couler l'eau dans la douche. Bien chaude.
Entre et fait ce qu'elle a à faire. Savon, shampoing, coup de rasoir, frotte frotte, gratte gratte, rince.
Sort de là, une serviette sur les fesses, comme un mec, nichons à l'air, cheveux ruisselants sur les épaules toujours trop maigres.
Elle est jeune, petite, très brune, quelque chose d'asiatique dans ses traits. Pas mal, plus l'air d'un petit garçon que d'une jeune femme mais pas mal.
Elle vit seule. Elle a des amis, pas de boulot. Elle a voulu étudier et puis finalement non. Elle paye son loyer à sa façon, les proprios aiment bien les « genre petit garçon ». elle ne pense pas que c'est mal. Elle n'est pas une pute. Et quand bien même elle n'a rien contre les putes finalement.
Elle se rhabille, jeans serrés, pull trop grand, bottes en cuirs, ceinture en cuirs. Pas de bijoux. Un peu de maquillage, pas trop. Pas pute.
Le soir tombe, gris foncé, pas très différent encore de la pénombre qu'il y avait une heure avant.
Elle n'aime pas l'hiver mais, au moins, les nuits sont longues. Oiseau de nuit. Ténèbres protecteurs de ses mystères, yeux grands ouverts dans le noir. Obscurité. Non, pas glauque. Effrayant vu du dehors, vu du soleil, vu des gens rangés, arrangeant, à vendre et à peupler le jour.
Elle sait que ça fait peur, l'inconnu. Elle ne connait que ça elle, la nuit.


« Heyyyyyy » Caro débarque, rose bonbon, hystérique, un extasie sur pattes. Pattes qu'elle a longues et fines, pattes d'araignée avec lesquels elle attrape les frôlons, tout dard dehors.
« salut Caro. Alors, quel est le plan? »
« d'abord ouvrir cette bouteille de rouge » dit elle en se dirigeant, familière, assurée vers le pot de fleur; elle fouille dans les branches desséchées et en retire le tire bouchon, triomphante.
Elles trinquent et boivent et parlent. Cliché de la moderne féminité.
Elle ne parlent pas de maquillage pourtant. Ni de sexe. Ni de fringue.
« vas-y, qu'est-ce que tu as cette fois? »
« trois invit. Soirée VIP ou tout comme. Caviar, champagne et léchage de fion assurés »
« ok. Trois? Max nous rejoins? »
« nan, elle s'est barrée au Chili y a deux jours »
« ha, c'est vrai. » elle pose son verre et regarde la fumée s'étirer vers le plafond. Le Chili...pourquoi pas?
« qui alors? »
« ben...j'ai pensé à Jé. »
« Jé? Arrête de dérailler. Il est sage ce garçon, tu veux pas lui ruiner sa vie? » elle a un sourire un peu triste. À moins que ça ne soit de l'ironie.
« ha ha ha! Nan je t'assure, il a plus de couille qu'il n'y paraît...de couille et du reste »
« ho non! Jé aussi?! T'es infernale »
« je sais! » glousse Caro, ravie.
« ok ok, va pour Jé. »

Elle vident la bouteille. Paraît qu'il faut toujours finir ce qu'on commence.
Un coup de rouge à lèvre, blouson en cuir pour elle, veste cintrée, rose, pour Caro.
Sac à main, et hit the road.
Elle descendent dans la rue, excitées mais silencieuses. Elle prennent les ruelles jusqu'à une petite place. Espèce de bout de campagne oublié dans la ville. Une église condamnée et méchamment engagée sur le chemin de la décrépitude. Jé est là, sur le parvis en ruine.
Simple, sobre, bouille de séraphin, cheveux blonds en pagaille, petite chemise propre et chaussures bien lacées. Faut pas s'y fier, c'est vrai qu'il est gentil mais c'est un môme du trottoir, un enfant couteaux, seringues et torgnoles. Comme quoi les apparences...
Jé est une rose de fumier. L'or de la vase. Elle le trouve beau. Pas désirable mais beau.
« salut les filles »
« salut Jé » disent-elle en coeur.
« Jé, tu sais ce qu'on va faire pas vrai? »
« Caro m'a dit oui. »
« et t'es ok avec ça? »
il hoche la tête.
« alors c'est parti! » Caro hurle et sors de son sac une autre bouteille.


Trois êtres dans la nuit. Trois fois to be, trois fois rien mais pourtant dans chacun l'univers tout entier. Ils marchent dans les rues sous la lueurs des lampadaires, des enseignes, des télés. Pas d'étoiles. Il ne pleut plus, c'est déjà ça.
Elle fume. Caro chantonne. Jé est parfaitement silencieux.
Trois fois être. Corps et âmes confondus, fondant dans la grande nuit.
Être n'est pas une mince affaire. Naître en soi, n'être enfin que ce qu'on peut, devenir ce que l'on veut. Avancer à couvert, se protéger, encaisser, repartir, serrer les poings, sourire bien grand.
Ils ont leurs blessures et leurs espoirs ces trois là. Madame Chabuin avec ses bigoudis et son cassoulet en boite aussi. Ils sont passés devant son salon et ils ne l'ont pas vu. Ni elle ni ses rêves.

Leurs cauchemars leur sont propres, bien encrés dans leur terreurs, petits soleils de moisis dans leurs draps de souvenirs, dans leurs baluchons de vie, bagages trop gros, trop lourds et tellement inutiles.
Valises qu'ils oublient la nuit, seulement la nuit. Et seulement quand ils vont, comme ce soir, vers...


Ils entrent dans un bar, assez classe, pas non plus luxe mais loin du pmu de base tout de même.
« Jé, tu appelles ce numéro et tu lui donne l'adresse du rade » dit-elle.
« nous on va se faire belles » ajoute Caro avec un clin d'œil
Jé prend le papier qu'elle lui tend. Il ne dit rien, sort dans la rue. Les filles disparaissent vers les toilettes. Quelques minutes plus tard, ils sont au bar, boivent un verre de vin. Pas de mélange, pas d'alcool fort, euphoriques d'accord mais conscients, c'est important.
Elle a son portable dans la main. Il vibre. Elle sort. Caro drague le barman et Jé la regarde, attentif et absolument neutre. Elle revient.
« c'est ok? » demande caro.
« c'est ok. »
Ils payent et s'en vont. Ils appellent un taxi, montent, s'enfoncent dans la ville, quittent le centre, passent les banlieues chics. Le taxi s'arrête, c'est presque la campagne, pas tout à fait.
Un immense portail, une allée de gravier. Elle pense à eyes wide shut. Ils sonnent, on leur ouvre. Ils tendent les invitations, pas de problème. À l'intérieur la classique petite sauterie des gens trop riches, trop célèbres ou trop ennuyés du reste.
Champagne, cocaïne, piscine, paillettes, sourires blancs, peaux bronzées, top modèle et artistes à l'égo hypertrophiés.
Ils se séparent, se mêlent à la foule, sourient de toute leurs dents, se trémoussent gentiment, goutent aux grands crus, prennent un peu de coke. Ils se fondent dans le décors et parlent à tout le monde. Ils n'écoutent pas, de toute façon leurs interlocuteurs le font déjà avec tant de passion. Un miroir ou un autre, de l'écho.

Oiseaux semeurs, leurs mains laissent glisser des petites pilules bien blanches, bien innocentes, dans les coupes, les bouteilles, le punch. Parfois même il les proposent directement.
« t'en veux? Nouveauté sur le marché, plus love que les taz, plus puissant que la coke, plus planant que l'opium. »

2h.
Tout le monde dort. Assommés, entassés sur les fauteuil, par terre, les uns sur les autres, dans les chambres et la cuisine.
Elle s'allume une clope. Jé et Caro la rejoigne, tout sourire.
« alors, efficace non? » dit caro.
« ouais, encore plus rapide que la dernière fois. T'es doué Jé. Ça doit être la bouille d'ange... »
« mais y a encore du boulot, pas vrai? » demande t-il
elles acquiescent, regardent autours d'elles. Toute cette masse de gens suffisants, avachis comme des clodos dans une gare miteuse. Au final les mêmes, la même chaire, les même vices, les même attentes. Recouvert d'or, de parfum et de soierie, planquer l'animal, étouffer l'enfant, avoir l'air de quelqu'un, de ne pas être là pour rien. Pas juste pour manger, dormir, se reproduire. Non. Briller, montrer au monde et aux autre, la gloire, réussir, construire un mirage et s'acharner à y croire.
Eux, les enfants de la nuit, ils n'ont rien contre ses gens là, au contraire, ils ont un peu pitié. Les pauvres, les affamés, le monde veut les sauver, les aider, les soutenir. Mais ceux là, croupissant dans leur débauches il ne veut que leur ressembler, ou les bruler.

« allez, au boulot »

d'abords, ils les déshabillent. Et puis ils vont aux vestiaires, sortent les manteaux, les sacs, les porte-feuilles. Ils ramènent tout près de la piscine, mélangent, distribuent. Ils rajoutent leurs ingrédients, carte d'identités bidons, cartes de visites, passeport, sécu, permis de conduire.
Et puis, ils les rhabillent, au hasard, comme ça vient, dispatchent les sacs et les manteaux. Caro s'amuse, en maquille certain, coupe quelque cheveux, pas trop.
Ils vont vite mais il y a du monde, pas le temps de fignoler le travail. certains restent nus, ça leur va bien.
Entre deux habillages ils marquent les murs. Des bouts de poèmes, des mots qui leur passent par la tête, ils collent des images, gribouillent des dessins. Sur tous les miroirs un extrait de Peer Gynt « qui es-tu? -moi-même. Peux-tu en dire autant? »
ils dansent, innocents et splendides, s'amusant follement. Ils se fichent des conséquences. Parfois ils espèrent qu'une starlette posera sa valise de rêves et d'angoisses, comme ils l'ont fait ce soir, que la starlette se dira, peut être, que vivre pour rien c'est déjà bien.
Mais au fond, si rien ne se passe tant pis. Eux, leur liberté d'une nuit c'est leur cadeau. Cadeau pour eux-même, pour le monde, pour dieu s'il existe parce que si oui nul doute qu'il sourit.


Ils n'emportent rien d'autre qu'un magnum de champagne. Ils ferment la porte et s'en vont à pied dans les rues désertes. Il resserrent leur manteaux sur leurs poitrines, l'aube approche, le froid est mordant. Ils rient, un peu ivres, baillent doucement.

Elle tourne la clé dans la serrure, retire ses bottes et son blouson. Le jour se pointe, timide, à sa fenêtre. Un autre jour gris d'hiver. Elle fume et regarde par la fenêtre et rien n'a bougé. Elle s'étire, baille. Sous la table, invisible, impalpable, le poids des jours, le bagage oublié; elle le regarde, posé sur le tapis un peu mité, écrase sa clope, regarde encore, hausse les épaules, sourit.
« oublie le encore un peu ».



















3 commentaires:

  1. ça se lit, s'est indéniable, ça se lit même très bien, on croirait un vrai livre. c'est bien et encore plus

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  2. ça se lit, ça se lit même très bien, on croirait un vrai livre de ceux qu'on achète et qu'on aime.
    C'est bien, plus que bien.

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  3. fichtre diantre et saperlipopette, je me gargarise, je me délecte de ces complimentations...pas bon pour l'élévation de mon âme ça, mais sans aucun doute ça incite à aller plus loin dans les frasque écriturines.
    merci.

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